26/12/2006

Les palais des caravanes : Les caravansérails seldjoukides

 

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Au XIIIe siècle les routes de Cappadoce se jalonnèrent

de caravansérails qui accueillaient gratuitement bêtes et gens. On y parlait toutes les langues, on priait, on négociait, on se soignait, et l’on repartait vers la halte suivante. Ils sont encore une centaine en Anatolie, dans un état plus ou moins avancé de délabrement, certains semblables à des amas de pierre dans les steppes, d’autres dressant leurs murs altiers que rongent les herbes folles, supportant des voûtes où béent des trous qui laissent voir le ciel, d’autres enfin, entièrement restaurés, parfois trop, peut-être. Il devait y en avoir un nombre beaucoup plus grand, cinq ou dix fois plus, qui sait ? dont nous ne savons rien si ce n’est, rarement, le nom. On les appelle aujourd’hui han, mot que nous traduisons par caravansérail, le « palais (sérail) de la caravane », et qui n’était donné jadis qu’aux plus vastes d’entre eux. On disait aussi parfois ribat au cours du Moyen Age : ce terme tout à fait impropre désigne, pour parler juste, le couvent fortifié, insistant sur l’aspect de forteresse et la signification quasi religieuse dans une société qui se proclamait bien musulmane, mais n’avait que de faibles connaissances de l’islam.Jean-Paul Roux Directeur de recherche honoraire au CNRS Ancien professeur titulaire de la section d'art islamique à l'Ecole du Louvre

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Agzi Kara han

 

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On avait commencé à en construire assez tôt après l’installation des Turcs en Asie Mineure, d’aucuns pensent à partir des dernières années du XIIe siècle, plus vraisemblablement au début du XIIIe, mais ceux qui sont datés attestent que leur grande floraison relève des années 1225 à 1250. Au milieu du siècle, l’équipement semble avoir été plus ou moins complet.Ils étaient situés le long des voies qui, partant de la capitale des Seldjoukides de Rum, Konya, l’ancienne Iconium, se dirigeaient au sud vers les ports méditerranéens, à l’ouest vers l’Empire byzantin avec lequel le commerce était florissant, à l’est vers la route de la soie et des épices, accessoirement au nord vers la mer Noire ; on en voyait encore, ici et là, sur les pistes qui reliaient entre elles les principales villes du royaume. La Cappadoce, riche région agricole et industrielle – disons, si l’on préfère, artisanale – était traversée par l’Ulu Yol, la « grande route », la voie royale qui reliait Konya à Kayseri où elle se divisait en deux, une section continuant sur Sivas pour atteindre ensuite Ersurum, l’Iran septentrional et les pays du Caucase, la seconde allant vers Malatya et, de là, soit sur Diyarbakir et la haute Mésopotamie, soit sur Van et à nouveau l’Iran. Des axes transversaux la coupaient du nord-ouest au sud-est, venant d’Ankara, l’ancienne Ancyre, notamment celui passant par Kirsehir et Haçi Bektas, où se trouvait le couvent souche du puissant ordre religieux musulman des Bektachis. Il n’est donc pas étonnant que la province ait été abondamment dotée de caravansérails. Si les deux plus importants (les deux Sultan Han) et l’un des plus intéressants pour l’histoire de l’art (le Karatay Han) ne se trouvent pas dans ses limites actuelles, ils n’en sont guère éloignés, l’un étant à l’ouest d’Aksaray, les deux autres à quelque 40 km à l’est de Kayseri. Il faut aller voir les deux Sultan Han pour leur majesté, le Karatay pour ses beautés propres si l’on veut comprendre le rôle que joua la sculpture figurative dans l’art médiéval de l’islam. Ne s’y rendrait-on pas que la Cappadoce, avec ses quinze caravansérails, réserverait encore bien des surprises à ceux qui ne songent qu’aux églises rupestres et à la beauté stupéfiante des paysages.Jean Paul Roux

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