21/12/2005

Des voyageurs de toutes les nations



On ne sait trop qui les fréquentait, mais on devait néanmoins y entendre parler toutes les langues, l’arménien et le grec, idiomes de ce qui constituait encore la majorité de la population (80 pour cent au moins), le turc, bien sûr, sans doute le persan qui était la langue officielle et de culture ; peut-être des jargons de l’Asie centrale dont nombreux étaient, après la première vague mongole de 1220, les ressortissants qui étaient venus chercher refuge dans le pays de Rum. Il ne semble pas que les étrangers y aient habituellement commercé : les riches produits de l’Orient lointain – soies de Chine, épices de l’Inde, parfums – devaient changer de main à la frontière orientale, les Latins qui assuraient l’essentiel du transport maritime vers l’Europe attendaient sans doute dans les ports. Il est malaisé de dire si les Syriens, les Iraniens et les Égyptiens d’une part, les Byzantins de l’autre étaient autorisés à concurrencer en Anatolie le réseau commercial seldjoukide. Mais on sait que les voyageurs de toutes les nations étaient nombreux, et des inscriptions arabes et syriaques sur les portes des han indiquent le rôle parfois déterminant d’étrangers originaires du Proche-Orient.Les Turcs exportaient beaucoup, importaient peu, pour ne pas dire rien, sauf, bien entendu, ce qui transitait par leur pays et contribuait à les enrichir. Ils vendaient non seulement leurs matières premières, bois, laine, céréales, olives, fruits, minéraux, sel, fer (tout l’alun de l’Occident du XIIIe au XVe siècles venait de l’Anatolie), mais encore leurs produits manufacturés, sortis d’ateliers prospères dont les forces motrices étaient l’eau (noria) et le vent, avec des moulins que l’on nommera en vieux français « turquois », de la dinanderie, des tissus et des tapis dont quelques rares exemplaires du XIIIe siècle sont conservés dans les musées turcs. Une propriété inouïe en découlait dont témoigne le monnayage. Alors qu’au XIIe siècle on ne frappait que le cuivre, vers 1180-1190, apparurent les pièces en argent et, au début du XIIIe, les pièces d’or. La vie n’était pas la même, on s’en doute, dans les plus petits caravansérails qui ne dépassaient guère les 500 mètres carrés que dans les vastes complexes qui pouvaient couvrir 4 800 mètres carrés, non compris les éventuelles boutiques et les ateliers d’artisans qui les entouraient. Là elle était frémissante, partagée entre les négociations commerciales, le soin des bêtes et les loisirs animés par les poètes musiciens (asik), sortes de troubadours, les acrobates, les montreurs d’ours, les conteurs et les derviches dont l’islamisme dissimulait mal un chamanisme fondamental et des doctrines même pas toujours monothéistes. L’exiguïté des mosquées (au maximum de 8 mètres de côté), par ailleurs soignées, prouve la faiblesse soit des musulmans, soit de leur pratique religieuse. Elles se trouvaient à l’étage, sur le porche ou dans une pièce d’angle et, dans les caravansérails à grande cour, elles en occupaient le centre. Elles étaient alors juchées sur quatre arcs de telle sorte que les animaux ne pussent pas, en y entrant, les profaner. On s’imagine volontiers, à voir aujourd’hui les bazars orientaux grouillants et ces architectures nues, que le confort devait être plus que rudimentaire et la promiscuité abominable. Il faut les imaginer avec des lambris, des stucs, des tapis et des tentures. Cela dit, nous sommes très mal renseignés sur l’organisation des han et l’on discute à perte de vue sur l’emplacement réservé aux hommes et aux animaux. Les plus pessimistes jugent qu’ils étaient entassés pêle-mêle, les marches ou les divers niveaux du sol que l’on trouve presque partout servant à empêcher les uns d’empiéter sur le domaine des autres. Les plus optimistes pensent que les chameaux étaient cantonnés dans une cour, quand il y en avait une, ou parqués en dehors de l’enceinte et amenés à l’intérieur seulement en cas de nécessité. Les plus grands des han et, à leur imitation, nombre des plus petits, comportent deux parties, une salle couverte et un ensemble de bâtiments groupés autour d’une vaste cour. Deux porches monumentaux en saillie, en général les seuls organes à recevoir une décoration abondante, au reste magistrale, à la fois puissante et mesurée, placés presque toujours en alignement, servent à passer de la salle couverte à la cour et de la cour à l’extérieur. On a imaginé que la partie couverte servait pendant l’hiver, la partie à ciel ouvert, pendant l’été, cela reste à prouver.

1seldjouk

 




 

15:45 Écrit par uchisarpension | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Question sur mon forum Ben je t'ai envoyer un mail pour te répondre mais je vois que tu à résolut le truk... desol de po t'avoir rép avant mais je n'allait plus tro sur mon forum mnt j'y vais o minimum 3fois /sem donc je rép plus vite lol si ta encore des questions cette foi ci j'y répondrai plus vite!!! joyeux noël

Écrit par : doudou | 22/12/2005

Les commentaires sont fermés.