07/12/2005

Les tribus turques déferlent sur le royaume samanide



Dès le VIe siècle, les Turcs avaient essayé de s’installer en Iran oriental et d’abord dans cette riche province qui s’étend entre le Syr-Daria et l’Amou-Daria, – l’Oxus – nommée Sogdiane ou Transoxiane. Quelques-uns étaient parvenus à s’insérer dans le milieu urbain, d’autres, en tribus, arpentaient les steppes et les déserts. Ils y restaient cependant minoritaires. Les Arabes d’abord, le puissant royaume iranien des Samanides ensuite, quasiment indépendant depuis 874, contenaient leur masse derrière une barrière infranchissable. Et, alors qu’ils rêvaient d’en devenir les maîtres, ceux qui continuaient à y entrer le faisaient en serviteurs. C’est en effet parmi eux que les princes samanides, comme tous les souverains de l’islam oriental, recrutaient leurs mercenaires, les mamelouks, les « esclaves ». Les steppes qui s’étendent au sud et à l’ouest du lac Balkach étaient occupées par la fédération des Oghuz, les Turcs occidentaux, divisés en vingt-deux ou vingt-quatre grandes formations tribales. L’une d’elle, celle des Kinik, dirigée par un certain Seldjouk, était établie sur la rive droite du moyen Syr-Daria, au nord du royaume samanide. Ce Seldjouk était père de trois fils portant les noms bibliques d’Israël, Mikhaël et Musa – Moïse – ce qui incita à voir en eux des judaïsés, alors qu’ils étaient plutôt superficiellement christianisés. À ce nom, ils en joignaient un autre, totémique, celui d’Arslan, « Lion », qui prouve qu’ils demeuraient aussi attachés à leur antique religion chamanique. Indifférents en matière religieuse, ils étaient entrés en relations avec les musulmans de Transoxiane et avec les chrétiens du Khwarezm, le riche delta de l’Oxus. On a prétendu qu’avant sa mort Seldjouk aurait finalement choisi d’opter pour l’islam : rien n’est moins sûr. Quoi qu’il en soit, ses trois fils purent obtenir la permission de faire paître leurs troupeaux en Sogdiane. C’était une époque difficile pour les Samanides et leur dynastie touchait à sa fin. Un de leurs mercenaires turcs s’était révolté contre eux et était allé fonder à Ghazni, en Afghanistan, ce qui allait devenir le puissant empire des Ghaznévides (962). À peu près au même moment s’était constitué à leur septentrion, à Kaghgar et à Balasaghun, le premier Empire turc musulman fondé hors des terres islamiques, celui des Karakhanides. Ces deux nouveaux États, également turcs, se jalousaient, se disputaient la suprématie, mais ils n’en représentaient pas moins un danger évident pour les Samanides. Jusqu’alors ceux-ci avaient pu maintenir les Turcs qui les assaillaient en hordes dispersées. Ils avaient maintenant devant eux des États puissants et de surcroît musulmans, ce qui leur interdisait de faire appel à la guerre sainte pour mobiliser contre eux les énergies populaires. Ils devaient succomber à leurs premières attaques. En 999, les Ghaznévides occupèrent toutes les terres au sud de l’Oxus et les Karakahnides, la Sogdiane. C’en était fait de la souveraineté iranienne dans cette région du monde et la porte si longtemps verrouillée s’ouvrait aux tribus turques : elles ne tardèrent pas à déferler en masse.

1seldjouk

 


14:13 Écrit par uchisarpension | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.