28/11/2005

Les fils et petits-fils de Seldjouk, de redoutables conquérants


Les enfants de Seldjouk, les Seldjoukides, qui avaient joué leur rôle dans ce jeu militaire, sont déplacés comme de simples pions sur un échiquier. Arslan-Israël est envoyé au Khorassan, puis on l’invite à se rendre sur le front de guerre du sud du Caucase, d’où son petit-fils partira à la conquête de l’Asie Mineure byzantine. Il y fondera le royaume des Seldjoukides d’Asie Mineure, dit aussi de Rum – du pays « romain », c’est-à-dire grec – ou de Konya, du nom de la capitale qu’il choisira. Les deux autres frères, Arslan-Mikhaël et Arslan-Musa sont cantonnés dans le Khwarezm. Ils s’y fortifient si rapidement qu’en 1028-1029 les deux fils du premier, Toghrul Beg et Tchakri Beg – le bey Faucon et le bey Épervier – occupent Merv et Nichapur. Le Ghaznévide Mas’ud entend les châtier et mettre un terme à leur puissance naissante. Il marche contre eux, auréolé des victoires que les siens ont remportées en Inde et, le 22 mai 1040, se fait écraser à Dandanakan. Tout le Khorassan tombe aux mains des Seldjoukides. Voyant s’ouvrir devant eux une brillante carrière dans un Iran chaotique, ils comprennent qu’ils ne peuvent la courir qu’en devenant musulmans sunnites : musulmans pour opérer en pays musulman sans susciter contre eux le djihad, sunnites parce que tout l’Iran est soumis aux Bouyides, des chiites exécrés qui, de surcroît, asservissent sans oser le renverser le calife abbasside de Bagdad. Les Seldjoukides en seront vite récompensés. Le peuple se ralliera à eux comme à des libérateurs, le calife les appellera à son secours, se mettra sous leur protection et leur donnera le titre de sultan d’Orient et d’Occident. Autrement dit, il leur donnera l’autorité politique et militaire sur tout ce qui, en terre d’islam, relève encore de lui, y compris les lieux saints d’Arabie. Tandis que Tchakri Beg garde le Khorassan pour prévenir une contre-attaque des Ghaznévides et une attaque des Karakhanides, Toghrul Beg marche vers l’Occident. Entre 1040 et 1044, il occupe tout le nord de l’Iran, avec Reï et Hamadan. En 1048, il lance un de ses cousins maternels, Ibrahim ibn Inal, à l’attaque de l’Empire byzantin, campagne qui se solde par la prise d’Erzurum. Il s’y rend en personne en 1054-1055, ajoutant à ses titres celui de Ghazi, le « Victorieux à la guerre sainte ». En 1055, il entre à Bagdad et, fait inouï, le calife reconnaissant lui donne sa fille en mariage. En 1059, il met enfin la main sur Ispahan qui lui a opposé une longue résistance et dont il fait sa capitale, puis il meurt. Son neveu, Alp Arslan, le « Lion héroïque », le fils de Tchakri Beg, lui succède (1063-1073). Il apporte dans son escarcelle les conquêtes que son père a réalisées en Orient, le Khwarezm « protégé » en 1043 et la Bactriane conquise peu après. Alp Arslan trouvera la mort en conduisant une immense armée vers une Sogdiane toujours insoumise, qui ne sera finalement réduite que par Malik chah (1073-1093). Néanmoins, il ne détrônera pas la dynastie vaincue.

1seldjouk

 


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Malik chah

Sous le règne d’Alp Arslan, les Turcs multiplient leurs interventions en Anatolie et en Syrie. Dès 1071 ils occupent Jérusalem, qu’il leur faudra reprendre en 1077. Ils détruisent le royaume d’Arménie, prenant Ani, sa capitale (1064), forcent les Arméniens à émigrer en Cilicie où ils fondent sur la Méditerranée le royaume dit de Petite Arménie. Les Byzantins, qui jusqu’alors n’ont pas réagi, se décident enfin à intervenir quand accède au pouvoir un général, Romain Diogène. L’empereur traverse une Anatolie dévastée, démoralisée, et rencontre les Grands Seldjoukides près du lac de Van, à Mentzi Kert (1071). Il se fait tailler en pièces et tombe, captif, aux mains de ses vainqueurs. Alp Arslan ne cherche pas à exploiter son succès. Il libère Romain Diogène, lui rend ses terres. Ce sont les Byzantins eux-mêmes qui les livreront un peu plus tard aux Turcs, quand ils auront l’idée d’appeler certains d’entre eux comme fédérés dans l’espoir de protéger leurs frontières. Malik chah n’a sans doute pas l’âme guerrière. Certes il a fait la guerre en Sogdiane et en Syrie où interviennent les Fatimides d’Égypte, des chiites encore ; il y est appelé au secours par les bandes turques qui ont pris Damas (1076) et, pour la seconde fois, Jérusalem (1077). Il y envoie son frère Tutuch qui s’empare d’Alep, la confie à Ak Chungkur, père du futur Zengi auquel la ville doit tant, et d’Antioche (1086). C’est aux Seldjoukides de Syrie – les fils de Tutuch, Ridwan d’Alep et Dukak de Damas – à d’autres princes locaux et aux Égyptiens que les croisés auront affaire : Arrivés au Proche-Orient en 1096, ils enlèveront Antioche (1098), Édesse et Jérusalem (1099).

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