18/10/2005

Le déclin

L’ordre règne dans l’empire, peut-être de façon un peu dictatoriale, mais avec un sens aigu de la justice. Nizam al-Mulk ne fait-il pas sienne cette sentence dont il ne cite pas l’auteur : « Le monde peut vivre dans l’incroyance, mais pas dans l’injustice » ? Il finit pourtant mal. Ni lui ni l’armée de ses maîtres n’ont pu abattre la secte des ismaéliens, les haschichin, les « assassins » ou fumeurs de hachisch. Il n’a jamais pu obtenir la création de ce grand service de renseignements qu’il souhaitait tant. C’est en vain qu’il a attaqué les commensaux de la cour et les femmes turques, trop libres, trop influentes à ses yeux, qui se mêlent de tout de façon désastreuse et dont il eût fallu faire « tout le contraire de ce qu’elles proposaient ». Il a trop d’ennemis. Il meurt assassiné en 1092, on ne sait pas bien par qui, et il est aussitôt unanimement regretté. Un an après lui, Malik chah disparaît à son tour. Ce n’est pas la fin des Grands Seldjoukides, mais des Seldjoukides qui méritèrent d’être nommés grands. Les quatre fils du souverain se disputent le trône et s’y succèdent. Quand le dernier, Sandjar (1118-1157), peut rétablir son autorité, il est trop tard, d’autant plus qu’une nouvelle puissance se lève à l’Orient, celle, bouddhiste et sinisée, des Kara Khitaï (1130). En 1141, les Turcs subissent une sévère défaite à Katwan. Des révoltes éclatent ; les incursions des nomades se multiplient. Sandjar meurt épuisé par les efforts qu’il a dû déployer. Il est enterré dans un superbe mausolée à Merv, un monument qui n’a rien à voir avec ces innombrables tours funéraires qu’on élève alors en Iran, le prototype, avant le mausolée du Mongol Oldjaitu, des palais funéraires qui seront plus tard élevés pour les grands. Il n’y a plus qu’anarchie dans ce qui a été l’empire des Grands Seldjoukides. Seuls les Ayyubides, issus de Saladin, font encore bonne figure au Proche-Orient. En 1194, le chah du Khwarezm, un Turc dont la destinée a été soigneusement préparée par des siècles de patience, jugeant qu’il fallait reconstituer l’Empire iranien moribond, se lance à l’assaut, enlève Rei et Hamadan et met fin à ce qu’il reste de la dynastie – guère plus qu’un nom. Vingt-cinq ans seulement avant que ne tombe sur lui les hordes de Gengis Khan.

Jean Paul Roux

1seldjouk

 

04:50 Écrit par uchisarpension | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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